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Monsieur Béchir Ben Slama, ancien Ministre tunisien des affaires culturelles (1981-1986), évoque dans cet article, présenté sous forme de réflexion, le phénomène qui s'est manifesté, en Tunisie, depuis deux décennies à savoir:"l'illetrisme culturel".

 

 

 

Ô gens de la politique, n’est-il pas venu le temps pour vous atteler à abolir l’illettrisme culturel ?!

Nombreux estimeraient que la généralisation de l’enseignement abolirait l’analphabétisme, en répandant la lecture et l’écriture. Le fait de délivrer des diplômes selon les différentes spécialités suffirait d’après ces personnes à assurer la disparition de l’illettrisme culturel. En fait, cela se limite strictement à contenir l’analphabétisme. Paul Valéry avait raison lorsqu’il disait : « Je n’hésite pas à le déclarer, le diplôme est l’ennemi mortel de la culture »[1].

On constate d’ailleurs que la plupart des islamistes radicaux avaient trouvé refuge dans les filières des sciences dites exactes. De nombreux chercheurs ont aussi constaté ce phénomène. Car les matières qui sont amarrés à la pensée, à la littéraire et à la philosophie, qui sont nourris à la source de la raison raisonnante ne trouvent pas un cadre accueillant dans les spécialités scientifiques rigides pour faire épanouir les idées, pour pouvoir les prévenir du rigorisme, du fanatisme et de l’extrémisme religieux, pour les protèger du fanatisme, de l’intolérance haineuse et du délire primaire. Le philosophe Mohamed Abed Al-Jabiri constatait que « le type d'enseignement dominant aujourd'hui dans le monde arabe est soit un enseignement technologique coupé de toute réflexion sur le sens, qui forge des esprits fonctionnant d'une manière machinale et dogmatique, soit un enseignement mythifiant, reposant sur le «bourrage de crâne » et qui forge des esprits figés. Ces deux types d'enseignement ont pour dénominateur commun l'absence du questionnement critique : « la question du pourquoi et du comment n'est jamais posée ». Les diplômes ne peuvent abolir donc à eux seuls l’illettrisme culturel. Une nation qui vit des décennies en observant dans la passivité le délitement de sa culture et son entrée dans la stagnation et l’inertie intellectuelle continue, ne fait que multiplier les effets de cet illettrisme et marquer la société d’une mentalité qu’il serait difficile de changer. 

Il est certain que le danger de l’illettrisme culturel ira en s’amplifiant lorsqu’on prend connaissance d’un rapport récent publié par la ligue britannique des enseignants qui explique que l’utilisation persistante des tablettes tactiles par les enfants influe négativement sur leur habilité et leur capacité à utiliser leur doigts et à tenir un stylo pour écrire ou pour dessiner sur le papier. L’étude a considéré que la raison est l’addiction des enfants à pianoter avec leurs doigts sur les écrans de leurs smartphones et tablettes. La ligue a expliqué aussi que les enfants à l’âge de trois ou quatre ans savent bien comment utiliser les smartphones. En revanche, ils n’affectionnent pas de jouer avec les jeux traditionnels et n’arrivent pas à jouer avec les cubes pour construire. La ligue a expliqué qu’il y a un autre problème non moins important sue le précédent et qui consiste en la détérioration de la mémoire de certains enfants plus âgés à cause des longues périodes qu’ils passent devant les écrans d’ordinateurs ou les jeux vidéo et les appareils tactiles. La raison en est que les enfants perdent la .capacité de finir les devoirs habituels avec le stylo et le papier.

Toutes ces considérations font que les peuples arabes et musulmans se retrouvent face à des dilemmes plus malaisés à supporter, alors qu’ils n’ont amorcé que depuis peu de se débarrasser partiellement et laborieusement des décennies de déclin. Ce qu’Oswald Spengler avait déclaré n’est pas négligeable : « Une culture meurt quand l'âme a réalisé la somme entière de ses possibilités, sous la forme de peuples, de langues, de doctrines religieuses, d'arts, d'États, de sciences, et qu'elle retourne ainsi à l'état psychique primaire »[2]. C’est ce qu’une élite éclairée de Cheikhs de la Zeitouna avait déjà compris au milieu du 19ème siècle lorsqu’elle s’est tournée vers l’Occident au lieu de l’Orient pour s’abreuver aux sources du progrès et comprendre les raisons de sa puissance. Nous avons à réfléchir aussi sur ce qu’un psychanalyste avait démontré en crivant : « S’il y a une personne qui n’arrive pas à se débrouiller par l’écriture et la lecture, et se trouve dans l’incapacité d’affronter les exigences ordinaire de la vie, il est considéré comme un illettré culturellement ». Le plus regrettable à ce sujet de nos jours, c’est lorsqu’on remarque l’attitude de certains instruits qui s’abstiennent de lire des livres, croyant que les chaines télévisées ou l’internet comble une absence de .lecture et les délivre de l’illettrisme culturel.

D’après la plus récente des études sur cette question, l’illettrisme culturel signifie la perte de la flexibilité, pensée et praxis, dans le rapport avec soi-même et avec l’autre, avec le passé hérité, avec le présent et ses nouveautés, avec les expressions de la civilisation et ses oeuvres. C’est donc la rigidité intellectuelle et religieuse, la raideur pieuse, nationaliste, idéologique et doctrinaire, l’étroitesse de l’horizon sous toutes ses formes, le fanatisme aveugle en faveur d’une partie au dépend d’une autre, appelée par certain « la première jahylia » en référence à la période préislamique marquée par le paganisme et l’intolérance. Cela est accompagné par une parcimonie dans l’expression de la pratique culturelle. Il y a en outre, un phénomène qui retient l’attention à travers une posture dégradante absolument antinomique à la logique du terme culture, c’est la plus néfaste, la plus nuisible pour soimême et pour autrui, pour la société dans son ensemble à savoir le recours à la violence, même si la motivation est l’amélioration de ce qui existe, pour prétendument prévenir le vice et les conduites similaires avec des exégèses dont l’apparent est bienveillant mais l’occulté est odieux. Léon Tolstoï avait dit : « Toute réforme imposée par la violence ne corrigera nullement le mal : la sagesse n’a pas besoin de la violence »[3].